La crise mondiale a ceci d'intéressant qu'elle lève les tabous et brise les dogmes. Tous sauf un : Le protectionnisme.
Généralement le protectionnisme est décrié par l'économie officielle comme le mal absolu. Il exacerberait les nationalismes et conduirait à la guerre, fermerait les débouchés à l'export, comprimerait le commerce mondial et plongerait le monde dans une spirale récessive infernale. Ce protectionnisme là, celui qui consiste à renchérir les produits importés par des taxes ou les limiter par des contingentements, est encore tabou.
Pourtant il est des propositions acceptées qui recherchent les mêmes effets : Dévaluer la monnaie en baissant les taux d’intérêts, soutenir l’appareil productif par des aides publiques, relancer une politique industrielle pour préparer les produits de demain, mettre en place la TVA sociale pour alléger le coût du travail... Toutes ces propositions conduisent à altérer les termes de la concurrence mondiale pour soutenir plus ou moins artificiellement les emplois nationaux.
Il y aurait-il alors un bon protectionnisme compétitif et un mauvais protectionnisme défensif ? Oui, mais le bon n'est pas celui qu'on croit.
Le protectionnisme « compétitif » avait sa raison d'être à l'époque pas si lointaine de la mondialisation heureuse lorsqu'il fallait trouver sa place dans la division internationale du travail. C'est celui qui a été pratiqué avec succès par l'Allemagne quand elle a réduit son cout du travail au début des années 2000 en appliquant la TVA sociale, en comprimant les salaires, en délocalisant des activités de sous-traitance et en réduisant son Etat-providence. Ainsi, sa bonne spécialisation industrielle conjugué à un regain de compétitivité-coût lui a permis de battre tous les records d'exportation.
C'est aussi ce que la France s'est toujours refusé à faire. Dans les années 90, elle a mené un politique de monnaie forte pour s’aligner sur le Mark. Elle a toujours obstinément négligé de soigner sa compétitivité-coût et l' impératif de spécialisation et, in fine, lorsque les effets délétères de la mondialisation ont commencé à se faire sentir a refusé d'appliquer à son tour la TVA sociale.
Le protectionnisme compétitif fonctionnait bien lorsqu'il y avait des débouchés à l'export. Un bon positionnement sur la qualité comme sur les coûts permettait d'accéder à un marché mondial en croissance et ainsi de bénéficier d'une appréciable rente de situation.
Il a cependant l'inconvénient d'être non coopératif. Les succès à l'exportation de l'Allemagne se sont ainsi majoritairement fait au détriment de ses « partenaires » européens, principalement la France et l'Italie. Cette solution ne fonctionne réellement que de manière isolée. L'effet s'annule dès que le concurrent se décide lui aussi à mener des politiques pour accroître sa compétitivité-coût. Généralisé, il risque d'entraîner l'économie mondiale dans une spirale récessive : Chacun réduisant tellement ses coûts pour préserver ou accroître sa compétitivité que la demande se contracte et les marchés se ferment.
C'est exactement ce à quoi on assiste aujourd'hui dans la filière automobile qui s'est lancée plus que d'autres dans une folle entreprise de réduction des coûts ces dernières années. Le problème en Europe est bien différent de celui aux Etats-Unis. Il ne s'agit pas d'une inadéquation de l'offre aux attentes du marché, mais d'une dépression de la demande, qui n'a finalement pas grand-chose à voir avec la crise financière. Les voitures neuves sont tout simplement devenues trop chères pour le pouvoir d'achat des consommateurs européens !
Il est d'ailleurs étonnant de constater que les pays d'Europe centrale qui ont largement bénéficié des délocalisations n'ont pas pour autant connu la prospérité. Les prévisions 2009 pour la Pologne, la Tchéquie ou la Slovaquie sont désastreuses pour des pays émergents (environs 2% de croissance et un taux de chômage entre 8 et 10%) Evidemment : Lorsqu'on construit sa compétitivité sur sa pauvreté, on reste pauvre pour ne pas la perdre !
La course à la compétitivité a tellement fait pression sur les salaires qu'elle a eu pour effet de rendre « hors de prix » les biens fabriqués aux coût de production de la zone de fabrication !
Aujourd'hui prétendre répondre à la crise par une relance des politiques de compétitivité qu'elles soient monétaires, industrielles ou fiscales serait illusoire. Les pays concurrents ne manqueront pas d’en faire autant, ce qui aggravera encore un peu plus le déficit de la demande globale et la crise mondiale.
La recherche de compétitivité monétaire, comme le propose Dupont-Aignan en stigmatisant la fameuse “surévaluation de l'Euro”, entraînera de nouveau une création incontrôlée de monnaie (via une forte baisse des taux d'intérêts) avec les désordres qu'on peut en escompter tant que la finance de marché n'a pas été sérieusement régulée (inflation, bulles spéculatives, excès d'endettement publics et privés…)
La compétitivité industrielle que propose le PS avec son idée de fonds régional (pourquoi régional ?) d'investissement et d'innovation ou le gouvernement avec son fonds souverains et ses aides sectorielles ne fera que mettre un appareil productif malade sous perfusion. Il est bien illusoire de penser que les entreprises vont consentir à des investissements productifs dans un contexte de dépression de la demande.
La compétitivité fiscale telle que la préconisent Jean Peyrelevade ou Jean Arthuis avec leurs idées de TVA sociale et de transferts des charges qui pèsent sur le travail et la production, vers les ménages a, quant à elle, la palme de la récessivité. Elle ne fera qu'accélérer le processus à l'œuvre depuis l'entrée en vigueur du libre échange : Réduction des coûts, réduction des salaires et du pouvoir d'achat, réduction de la demande, réduction de l'appareil productif…
Ces solutions visaient à mieux insérer la France dans la mondialisation ne sont plus du tout adaptées en période de crise mondiale.
Ce protectionnisme « compétitif » est étroitement nationaliste, non coopératif et dangereux pour les équilibres mondiaux. C'est celui qui est induit par le libre échange et qui est, de fait, pratiqué par toutes les puissances industrielles qui ont su tirer leur épingle du jeu dans dans la mondialisation.
Ce n'est pas celui qui est promu par les vrais protectionnistes, et en particulier par le premier d'entre eux : Emmanuel Todd, qui est un protectionniste coopératif de relance.
Les protections commerciales n'y sont pas conçues pour protéger l'appareil productif national ou limiter la concurrence. mais pour la circonscrire à la qualité des produits excluant ainsi toute concurrence sur les coûts de production, les normes et les systèmes sociaux.
Les produits étrangers technologiquement plus avancés pourront toujours être importés ou fabriqués sur place (le protectionnisme n'implique pas la fermeture aux investissements direct étrangers). Le but n'est évidemment pas de se fermer à la concurrence et au reste du monde mais de retrouver une souveraineté économique et de rendre possible une remontée des salaires. La maxime du fordisme pourra alors retrouver sa pertinence : Payer suffisamment les ouvriers pour qu'ils puissent acheter les voitures qu'ils produisent.
Néanmoins, à mon sens, le protectionnisme seul ne suffira pas. C'est une condition nécessaire mais non suffisante. La remontée des salaires ne se fera pas spontanément au seul motif qu'elle sera de nouveau possible. Il existe aujourd'hui des secteurs tels la distribution qui sont de fait protégés de toute concurrence internationale et où pourtant les salaires sont bas et les emplois précaires (même si les coûts de distribution devant s'adapter au pouvoir d'achat des consommateurs, ils peuvent être indirectement affectés par la compression des salaires des activités productives)
L'objectif ultime du protectionnisme est bien de permettre une meilleure rémunération du travail au détriment de du capital pour de nouveau pouvoir stimuler la demande globale. Pour cela, il sera certainement nécessaire d'accompagner les protections commerciales par des mesures en ce sens (indexation des salaires, limitation du pouvoir financier, fiscalité plus redistributive…)
C'est d'ailleurs pour cela en réalité qu'il est tant diabolisé par les dirigeants mondiaux et les économistes officiels. Le protectionnisme conduira à la réduction des marges, des profits et des dividendes aussi surement que le libre échange a conduit à une explosion mondiale des inégalités.
Le protectionnisme est donc une solution coopérative qui peut et doit être appliquée dans toutes les zones de production de la planète. Que les américains décident de protéger leur industrie automobile n'est pas un problème pour nous. Ils peuvent continuer s'ils le veulent à rouler dans des monstres préhistoriques consommant 20 ou 30 litres au cent. L'essentiel est qu'ils retrouvent de vrais emplois et des salaires de bon niveau pour nous acheter des parfums, du vin ou des centrales nucléaires.
Malakine
"La réalité, c'est ce qui refuse de disparaître quand on a cessé d'y croire."
Rédigé par : Gilbert | 30 janvier 2009 à 15:48
Çà devrait vous intéresser:
http://krugman.blogs.nytimes.com/2009/02/01/protectionism-and-stimulus-wonkish/
Rédigé par : jean | 01 février 2009 à 23:11
http://france.attac.org/spip.php?article9538
Quant ATTAC conteste le protectionnisme...
Rédigé par : René Jacquot | 08 février 2009 à 19:42
@René Jacquot
On comprend mieux pourquoi il y a eu une scission à ATTAC. Les marxistes internationalistes et leur délires sont toujours les meilleurs du fameux grand capital. En plus traité Gréau ou Todd de mercantilisme c'est avoir compris de travers leurs œuvres. Ce texte ne pas de démonstration il est juste dans le récital marxiste classique, le grand méchant capital, mais saint Karl Marx nous sauvera, oubliant que les thèses de Marx sont en partie basé sur celles de Ricardo et que sa théorie de la valeur est une aberration intellectuelle. Enfin le protectionnisme est une réponse pratique à un problème donné les marxiste sont comme d'habitude dans l'attente de la révolution mondiale qui ne vient jamais, et dans l'ignorance complète des identité national. C'est vrai que comme les néolibéraux les marxistes nient l'existence des nations, alors le protectionnisme ou le fait qu'un ouvrier chinois se sente plus proche d'un riche chinois que d'un ouvrier français çà les dépassent. Ce texte montre que l'extrême gauche n'est vraiment pas une solution.
Rédigé par : yann | 08 février 2009 à 22:31
@ Yann
http://hussonet.free.fr/protec9.pdf
L'économiste Michel Husson "décrypte" les différents discours sur le protectionnisme et leur caractère assymétrique.
Rédigé par : René Jacquot | 09 février 2009 à 14:36
@ René
Merci pour ces liens. Je n'ai pas encore eu le temps de lire ces textes mais je vois qu'ATTAC s'en prend à E.Todd.
J'ai l'impression qu'ils disent aussi que le libre échange n'est pas en cause car en fait, il n'existe pas dans la réalité ?
A lire d'urgence, ce que je vais faire et on en reparle
Rédigé par : RST | 09 février 2009 à 21:24
@René Jacquot
Enfin Michel Husson use des arguments habituels avec la coup des délocalisation négligeables. Sauf qu'il oublie les non-localisation puisque nous sommes en régime de libre-échange depuis 74 les activités créées depuis qui servent à couvrir notre consommation ne sont effectivement pas des délocalisation. L'exemple de l'industrie électronique qui a fait beaucoup pour le décollage des tigre asiatique ne s'est jamais vraiment développé chez nous puisqu'il était moins cher de produire directement là-bas. De plus dans ses propos il n'aborde pas le problème du déficit commerciale qui est pourtant au cœur de la problématique du libre-échange. Todd, Sapir ou Gréau n'ont jamais dit que le protectionnisme seul pouvait mettre fin au chômage mais que ce dernier rendez possible les politiques macro-économique contra-cyclique keynésienne, qui perdent autrement toute leur efficacité.
De plus il amalgame tout les protectionnismes, et l'associe vonlontairement au mercantilisme. Le mercantilisme consiste à accumuler les excédents commerciaux que je saches les seules pays à le pratiquait sont les pays asiatique et l'Allemagne. Il protectionnisme que prône Todd est régulationniste il vise simplement l'équilibre des balances des paiements ,seul chose qui puisse permettre d'éviter les crises à répétition.
Derniers point et non des moins monsieur Husson oublie grossièrement (surement parce qu'il est un adepte des 35h) que la reprise de 1997-2001 fut le fruit de la dévaluation de la monnaie unique de 30%. Ce qui revient a des droits de douanes équivalent pour les produits importés hors zone euro et à subventionner les exportation de ce même pourcentage. On l'oublie vite la dévaluation est le plus puissant des protectionnismes. Le retour de l'euro à haut niveau ayant eut l'effet inverse depuis 2002 avec une croissance molle et des déficits qui ne cesse de se creuser.
Dernier argument l'idée de négliger les importation dans l'impact sur le dynamisme économique en disant qu'en pourcentage c'est négligeable est typique du raisonnent pseudo-scientifique des économistes. Pour preuve les USA ne représente que 25% du PIB mondiale, les exportation de la zone euro vers eux ne représente qu'un minuscule pourcentage du PIB de notre continent et pourtant quand l'Amérique tousse la croissance mondiale s'effondre, on vient de le constaté à nouveau. Cet économiste me fait penser à un docteur qui dirait que le cœur a moins d'importance qu'une jambe puisqu'il ne fait que 4% de notre masse corporelle contre 15% pour la jambe. Un docteur pareil on cesserait immédiatement de le consulter, je crois qu'il faut faire pareil avec Michel Husson.
On ne peut pas hiérarchiser des activité en fonction de leur pourcentage dans la valeur ajouté national c'est du comptabilisme stupide. Sinon l'agriculture devrait être arrêté pour cause de faible part dans le PIB national.
Rédigé par : yann | 09 février 2009 à 22:01
@ Yann
Très bon démontage en règle.
Husson insiste par ailleurs sur les divers protectionnisme de Gréau, Todd, Sapir et El-Karaoui (lui c'est carrément le méchant pour Husson).
En vérité, il est authentiquement m
Rédigé par : a | 09 février 2009 à 22:18
@ Yann
Très bon démontage en règle.
Husson insiste par ailleurs sur les divers protectionnisme de Gréau, Todd, Sapir et El-Karaoui (lui c'est carrément le méchant pour Husson).
En vérité, Husson est authentiquement marxiste puisque Marx croyait au libre-échange et aux théories ricardiennes afin que la Révolution triomphe:
"Mais en général, de nos jours, le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l'extrême l'antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C'est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je vote en faveur du libre-échange."
Discours sur la question du libre-échange
K. Marx 1847
Rédigé par : René Jacquot | 09 février 2009 à 22:25
@René Jacquot
Enfin je ne m'en prend pas à Karl Marx qui fut meilleur sociologue qu'économiste. Ce dernier a vécu à une époque reculé et ses propos était adapté à cette période ou la plupart des échanges concernait l'agriculture domaine ou la spécialisation géographique est une évidence. Mais le monde a changé aujourd'hui l'essentiel des avantage comparatif ne sont plus naturelle, au sens géographique, mais construit. De plus le cout du transport à considérablement diminué depuis Ricardo et Marx, rappelons tout de même que la distance représentait une forme de protection naturelle qui avec le machinisme moderne à disparu. Accroissant ainsi la compétition international et rendant possible l'importation de produit à des milliers de Km de distance, çà non plus Husson n'en parle pas contrairement à Gréau. Je suis pour la critique mais qu'elle apporte quelque chose, là j'ai l'impression d'un règlement de compte et d'un dogmatisme dans la foi du libre-échange consternant. Encore une fois on voit bien la méfiance vis à vis des nations qu'ont les marxistes, ce sont les frères siamois des libéraux. On pourrait aussi épiloguer sur leur foi dans le progrès infini mais ce n'est pas vraiment le thème du débat.
Rédigé par : yann | 09 février 2009 à 22:44
Je viens de lire ce texte. C'est assez consternant. Michel Husson lors de ses passages à DSEDH m'avait l'impression d'un vieux gateux psychorigide. Ca se confirme. Je ne comprends vraiment pas ce qu'il cherche avec ce texte à part montrer qu'il n'a strictement rien compris aux thèses protectionnistes. Personne n'a jamais parlé de réduire ou de supprimer les importations ...
Je vais bientôt revenir sur ce sujet. Il y a des points à préciser et par contre de vraies questions à se poser...
Rédigé par : Malakine | 10 février 2009 à 13:43
Idiot!
Devant la concurrence si acharnée qui conduit les entreprises à délocaliser dans les pays à bas salaires et à taux de change très bas, il n'y a qu'une seule solution : le protectionnisme!
Raoul louis CAYOL
Rédigé par : ires et à bas taux de change, il n'y qu'une solution pertinente : le prootectionnisme! | 21 septembre 2010 à 20:54