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02 avril 2011

Commentaires

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Sancelrien

@Malakine

Tu sais, au bout du compte tout ce qu'on fait est temporaire :-). Mais j'espère que ta temporalité durera.

Jardidi

Les nouvelles tendances fascisantes de l'UMP nous vaudront quelques nouvelles interviews intéressantes.

La Gaule

(Ton blog étant au repos, je vais essayer d’être le plus court possible)

Oui, un vrai régal ! Même pour le non (parfois carrément anti) toddien que je suis. Ce type possède une manière de rendre intelligible des concepts, tout en ne faisant jamais perdre de vue combien rien n’est simple en ces domaines, qui l’honore.
J’ai tout de même l’outrecuidance de lever le petit doigt et poser humblement une question propre à fâcher la Société du Mont Toddien.
L’étendue de son savoir, la puissance de ses synthèses, et son talent de débatteur (on pourrait aussi parler de son humour), l’autorise t-il a avoir raison sur tout, là où il est en concurrence direct avec le profane, je veux bien sûr parler du domaine politique.
Généralement, les grands esprits scientifiques (de Monod à Cyrulnik en passant par Laborit, Lorenz et qui vous voulez sur la liste) qui prétendent étendre leurs ailes immenses sur le pont de ce rafiot vermoulu sont comme l’albatros de Baudelaire. Il peut leur arriver d’avoir l’air de ramer sur les planches au milieu des pains de savon.
Son attitude distanciée vis-à-vis de la chose politique, laquelle passe pour la marque d’un grand chercheur, peut aussi faire figure de déformation professionnelle quand elle tourne au procédé de mépris, ce qui n’est pas rare chez lui.
Exécuter Zemmour d’un surané « nauséabond » (l’omni Manu a quand même les moyens de trouver mieux), ou Finkelkraut d’un définitif « histérique », cela peut-être utile, mais est-ce bien valeureux et surtout bien utile ?
Les familiers de ces deux personnages savent bien qu’ils ont d’abord la maladresse des passionnés, et surtout que les faits sur lesquels ils mettent le doigt sont trop voyants pour n’être qu’anecdotiques dans leur traduction politique.
Je viens de relire le « mélancolie française » de Zemmour. On est d’accord ou non avec sa thèse, soit les « aventures » de la chute de l’empire romain à travers les âges successifs de l’Europe, mais elle tient intellectuellement la route.
Comparer la dilution de l’Empire romain dans l’angélisme chrétien face au monde barbare, à notre propre auto dissolution dans l’irénisme des « droits de l’homme » n’est pas absurde non plus. D’autres l’ont soutenu avant lui (il cite à propos l’écrivain italien Alessandro Barbero pour la période récente).
Vers la fin du livre, Zemmour évoque Todd en des termes très critiques, disant de lui qu’il serait un expert de l’immigration se refusant d’ouvrir certains placards, mais il n’y a aucune saillie olfactive convenue et définitive dans ce jugement. Et pour cause, Zemmour n’hésite jamais à faire appel à l’anthropologie toddienne pour souligner les contradictions de l’Europe.
Le profane qui, lui, essaie de déterminer ses choix politiques en lisant et en écoutant Todd, Zemmour, Finkelkraut, ne voit pas forcément quels obstacles insurmontables empêcheraient de les rapprocher, ni d’approuver l’un sans exclure les deux autres.
Mais Todd est résolument ombrageux pour tout ce qui vient entacher le roman fleuve de l’immigration, celui du temps long de l’historien des annales, dont il rend compte dans ses livres éblouissants et savants. Il sort alors l’arme de l’exclusion pour ce qui relève automatiquement pour lui du fait divers, de l’anecdote, du feu de paille ou de la broutille passagère, quand cela n’est pas de l’infâmante « connerie ».
On dirait qu’il se refuse à admettre que le temps de l’albatros, celui du chercheur prestigieux, n’est pas celui des besogneux du navire qui doivent nettoyer le pont entre deux tempêtes, vile besogne où la hauteur de vue n’est pas forcément très utile.
La dissolution de l’empire romain dans l’hétérogénéité mérovingienne n’était ni bonne ni mauvaise. Elle a eu lieu, c’est tout. Il n’empêche que bien des décisions politiques ont du être prises dans ce long processus, certaines calamiteuses et d’autres non, et sur des situations bien ponctuelles qui concernaient la vie des populations d’alors.
Dans leur quotidien, celles-ci se foutaient autant que de nos contemporaines des séries statistiques longues sur l’anthropologie des grands brassages culturels, et il faut admettre que l’action politique n’a pas toujours le choix.
Todd fait pourtant souvent appel à la psychologie freudienne. Mais il semble éluder l’imaginaire, le phantasme, comme si le rôle immense qu’ils ont joué dans l’histoire était trop scandaleux pour que l’on en tienne compte. Croit-il que s’il avait pu écrire un pavé de 600 pages sur le rôle exact des juifs dans la genèse du prêt à intérêt dans l’histoire de l’Europe, pavé qui aurait été distribué à chaque citoyen allemand à l’automne 1932, cela aurait servi à quelque chose ?
Quitte à le scandaliser (vaniteuse présomption, il s’en tape de mes états d’âme), j’affirme le contraire. Il eut été moins grandiose mais plus efficace que les communistes et les socialistes s’allient pour empêcher qu’Hitler ne soit désigné à la chancellerie.
Il y a du Cary Grant chez Todd, celui de « la mort aux trousses », lorsqu’il avance à découvert dans le champ politique. Poursuivi haletant par l’avion mitrailleur, on l’imagine très bien cogiter une analyse anthropologique du pilote (famille nucléaire, famille souche, endogamie, exogamie, patrilinéarité etc.) avec le rictus navré de l’entomologiste regardant la mante bouffer son mâle après l’acte.
Entre deux rafales, il plonge dans les maïs en concluant que, non, décidément, ce fait divers anecdotique n’aura aucune incidence sur les études chiffrées concernant l’anthropologie locale. Eva Marie Sainte, jeune lauréate à Normale Sup (c’est un scoop, inutile de me remercier) qui passe par là, en reste, comme nous tous et toutes, baba.
D’un point de vue sociologique, il est finalement dans l’ordre des choses que notre Manu national se rallie au Parti Socialiste et prétende honorer ce choix coûte que coûte (c’est lui qui le dit).
Après tout, les PS reste le grand parti de la méritocratie post soixante-huitarde, laquelle est arrivée à maturité avec la victoire de Mitterrand il y a trente ans.
On peut donc penser que ce parti reste celui qui comporte le plus d’universitaires et de chercheurs tant dans ses affiliés que dans son électorat (s’il a une série statistique pour exécuter mon jugement, morbleu, qu’il le fasse avant l’aube). La morosité de notre conjoncture politique peut enfin amener certains de ces grands albatros à prendre leur envol pour scruter loin très loin l’horizon de l’histoire, fi des faits divers pathologiques et des lubies insanes du populo malade.
Il sera bien temps de revenir sur le pont quotidien (ses quolibets, ses foutoirs de gueule), avec la glorieuse victoire électorale de Doumé SK…

Verdun

Bonjour Malakine,

Ces éléments de réflexion ouvrent une nouvelle fois de larges champs d'études et d'analyses.

Une vie n'y suffirait pas !

Je note d'une part une réelle restructuration de la pensée d'E. TODD en ce qui concerne les structures familiales et les comportements ethnopsychologiques (et donc politiques) des peuples.

Sa pensée paraît plus précise et acérée (on sent qu'il termine un livre sur le sujet que j'attends avec impatience).

Au passage, j'aimerai connaître la position de Xavier sur cette évolution (au moins sur la forme) de la pensée toddienne.

D'autre part, je me réjouis que Todd aborde (mais peut-être s'agit-il d'éléments étudiés dans son pavé à venir) le retour de sa grille d'analyse sur l'Europe et sur la France (et particulièrement la France dans l'Europe).

Car une question majeure aujourd'hui est posée par la démographie française : quel est son sens ? Pourquoi les français continuent à faire plus d'enfants que les autres européens ?

Cette différence de taux de fécondité et de taux final de renouvellement existe dans des proportions et avec une constance que ne peuvent expliquer les structures juridiques et sociales de soutien aux mères (congé parental, éducation, crèches...), la présence de populations récemment naturalisées, le goût gaulois pour la gaudriole...

Je pense pour ma part, mais je vais travailler là-dessus sur mon blog que cette tendance lourde trouve sa cause dans le traumatisme majeur qu'a vécu la France au XXème siècle (en gros de Verdun à 1956).

Comme l'Allemagne reste traumatisée par l'hyper-inflation de la République de Weimar, la France ne s'est jamais remise de sa brutale défaite face à un ennemi en supériorité numérique.

Rappelons que dès 1900, la France a un taux de fécondité inférieur au reste de l'Europe, et cela va peser sur la Grande Guerre, sur l'entre-deux guerres et sur la défaite de 1940. Avant même les classes creuses dues à 1914-18, nous avions déjà un déficit de naissances qui nous a obligé à chercher des alliances (Russie et Royaume-Uni...).

La ligne Maginot et la mauvaise qualité de nos chars ont aussi des origines démographiques (les bunkers économisent les hommes qui nous manquent, et on ne peut s'expliquer le choix irrationnels de construire jusqu'au bout des tanks à deux hommes en tourelle au lieu de 3 outre-Rhin).

Au-delà de ce constat, Todd ouvre une formidable porte sur le mal-être identitaire français actuel, la France ne se reconnaît plus dans l'Europe, elle a moins de points communs qu'avant...

Je vais retravailler la question car cela me semble une des clés de compréhension de ce qui va suivre, pour le meilleur ou pour le pire...

V.

Malakine

> Daniel

J'ai également été un peu choqué par l'exécution lapidaire de Zemmour. Ceci dit, j'ai également pris mes distances avec ce personnages. Il me semble que son discours a fortement évolué ces derniers mois vers des positions clairement "droitarde", beaucoup moins intéressantes et souvent presque caricaturales.

Les positions de Todd sur l'immigration peuvent effectivement paraître parfois quelque peu angéliques et cela lui a été beaucoup reproché. Néanmoins, je ne crois pas qu'il nie la réalité des problèmes. Dans cette interview, il décrit d'ailleurs clairement la déstructuration des familles immigrées par la délégitimation des pères, dépassés en termes de niveau culturels par leurs fils ou par la désagragations du modèle patrilinéaire. Mais il est vrai que Todd, de nature et problablement de tempérament est foncièrement optimiste. On peut le constater sur la question de l'immigration lorsqu'il interprète des désordres comme une conséquence d'un processus de modernisation ou d'assimilation, comme dans le rapport à l'Allemagne où il a (trop) longtemps voulu croire à une possibilité pour la France d'infléchir sa stratégie économique. De ce point de vue, il me semble que ça y est, il y a renoncé. La dernière partie est de ce point de vue très claire.

> Verdun

J'ai également senti une maturation de sa pensée sur les questions anthropologiques qui doit être lié à la sortie de son bouquin.

Je ne connait pas son explication sur les performances natalistes françaises. Dans cette émission, il évite d'ailleurs la question en ce sens de la journaliste considérant que, non, on n'assiste pas malgré les apparences à une remontée du taux de fécondité, le niveau de descendance finale était pour lui toujours resté stable aux alentours de 2 enfants par femme.

Néanmoins, je crois que le principe d'égalité homme/femme en vigueur en France, qui permet de concilier vie familiale et vie professionnelle au contraire de l'Allemagne est un facteur qui a déjà été cité.

Pa contre votre serviteur s'était essayé à une explication il y a quelques années dans un article que Todd (on était en contact régulier à l'époque) avait refusé de lire compte tenu de son parti pris assez pessimiste. Pour lui, si je me souviens bien, une forte natalité ne pouvait qu'être un signe de bonne santé, d'optimisme et de dynamisme. Point barre.

http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/01/etonnante-natalit.html

***

Pour ce qui est de la suite du Blog, je confirme que je vais reprendre du service jusqu'à l'été, d'une part pour des raisons de temps (j'en ai de nouveau plein) et d'autre part, parce qu'il y a certaines choses que je me sens le devoir d'exprimer en ce moment. Quand je lis partout exactement ce que j'écrirais moi-même je me dis que j'ai tout intérêt à garder le silence. En ce moment, ce n'est pas le cas !

Emmanuel B

Quelques éléments sur la natalité française (je ne me souviens plus exactement de mes sources -beaucoup de Todd sans doute-, mais je suis sûr de la vue d'ensemble).

Primo, la baisse en France est apparemment la plus précoce du monde et remonte en fait au XVIIIe. L'explication avancée : l'association simultanée de deux facteurs : l'alphabétisation des populations et une déchristianisation précoce. Il faut noter cependant qu'une certaine forme de contrôle des naissances existait auparavant sous l'Ancien Régime (qui a pu servir de base à la transition proprement dite) sous des formes peut-être assez étonnantes pour nous. La principale étant le recul de l'âge au mariage pouvant atteindre plus de 25 ans (Pierre Chaunu a plusieurs fois souligné la fertilité culturelle de cet aspect, notamment la part d'autonomie inédite gagnée par les femmes et ses conséquences positives sur l'éducation des enfants) avec pour corrélat observé un recul de l'âge de la puberté (à 17 ou 18 ans) - et oui culture et nature ne cessent de jouer là bien plus qu'on ne pourrait le croire.

Ensuite baisse continue au XIXe (la saignée napoléonienne n'y étant sans doute pas pour rien) et le creux très grave de l'après Première GM, qui fait de la France le premier pays à expérimenter le non-renouvellement des générations. Vous connaissez ça très bien.

Première énigme, à ma connaissance toujours irrésolue : 1942, l'année du retournement de tendance. Le commencement du baby-boom en pleine guerre...

Après-guerre, la France connait un consensus remarquable sur la nécessité de maintenir la natalité. Communistes, gaullistes et tous les autres sont sur la même ligne, la grande figure de l'époque étant Alfred Sauvy. Pour une fois, il semblerait que les leçons de l'histoire aient été tirées et apparemment elles continuent de porter leurs fruits. Personne n'ayant en somme remis en cause le consensus national - même pas le petit Machin, pourtant grand pourfendeur de consensus intelligents.

Pour ce qui est de la baisse de la fin des années 70, je me souviens que Todd l'impute essentiellement à un retardement des naissances, lié à un changement rapide de la condition féminine. Les Françaises font toujours des enfants (un peu moins certes qu'au plus fort du baby-boom) mais surtout plus tard, d'où décrochage momentané des courbes. Apparemment des phénomènes de ce type ont été observé aussi en Espagne, Italie, Grèce où les chiffres sont très préoccupants, mais sans doute moins dramatiques que ce que l'on pourrait penser en prolongeant les courbes de manière trop systématique.

Enfin, il y a aussi la question du niveau de stabilisation finale des taux de fécondité avec là aussi la variable anthropologique comme critère important et avantage aux systèmes familiaux souples. De ce point-de-vue, la France se rangerait du côté des systèmes anglo-saxons, des systèmes d'Amérique du Sud ou encore de ceux d'Asie du Sud-Est (Philippines, Indonésie notamment). Je ne sais plus exactement comment le critère explicatif fonctionne mais il semblerait que la solidarité familiale intergénérationnelle puisse jouer, elle aussi, un rôle. A l'opposé de ces systèmes souples se situeraient les systèmes les plus durs : avec le cas bien connu de la famille souche - dont la particularité est observable en France-même, rappelons-le ; Allemagne, Japon, Corée, tout cela connu depuis longtemps, je passe ; mais c'est aussi le cas de la famille communautaire (Russie, Chine, etc.) connaissant une forme de déstabilisation extrêmement forte et qui connait apparemment les taux de fécondité les plus bas jamais observés (autour ou moins de 1 enfant par femme dans les cités les plus avancées du monde sinisé - Singapour, Taiwan, Changhaï...), laissant augurer un crash démographique grave.

PS: Évidemment ravi du retour de ton blog. Tiens, on dirait que ça rend nous bavards...

yann

@La Gaule

Ce que vous décrivez du comportement de Todd est en fait caractéristique des limites de la raison humaine face à la réalité. Nous n'admettons pas facilement que notre logique puisse être limité même avec toutes les données du monde la réalité nous échappe souvent. L'expérience actuelle au Japon nous montre que même une expertise colossale ainsi qu'une ingénierie de pointe peut se planter complètement. Il en va de même pour la sociologie ou la démographie.

@Verdun

Pour la natalité il ne faut pas négliger les particularités des politiques familiales française mise en place sous l'influence du grand démographe Alfred Sauvy. Je suis persuadé qu'en étudiant les particularités de notre système nous verrions de grosses différences avec l'Allemagne et les autres pays d'Europe comme par exemple le fait que nos politiques familiales ignore la redistribution économique à savoir que nos politiques familiales sont bien séparer de la notion de redistribution des richesses. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas dans les autres pays d'Europe. Ensuite il y a une grosse différence dans le sens où le déclin démographique est ancien en France les élites françaises savent combien un déclin de longue durée peut-être dangereux. C'est peut-être ce qui explique le peu de succès des discours malthusien dans notre pays, il reste assez mal vu contrairement à ce qui se passe ailleurs où l'on justifie souvent la sous-natalité au nom de la sauvegarde de la planète. En France même à gauche on pense qu'une bonne natalité est nécessaire.

@Malakine

Je suis content que tu ne nous abandonne pas d'autant que l'histoire semble s'accélérer. Les années qui viennent sont des années historiques et riches en débat à mon avis. On va de surprise en surprise.

Sinon ce que l'on pourrait reprocher à Todd sur l'immigration c'est qu'il n'explique pas que l'immigration n'est pas une solution aux problèmes démographiques de l'Europe. Il le sait pourtant. Les pays en voie de développement vieillissent rapidement et dans 30 ans il n'y aura plus d'immigrés simplement parce que la planète toute entière manquera de main d'oeuvre. Ensuite pour redresser des démographies comme celle de l'Allemagne il faudrait faire venir tant d'immigrés que l'Allemagne ne serait plus vraiment l'Allemagne. Il cherche à défendre les minorités ethniques en France mais oublie le débat essentiel que personne ne fait, un pays ne peut pas avoir indéfiniment une natalité inférieur au seuil de reproduction. Cela n'est possible que si le pays en question est le seul dans cette situation mais si tout le monde fait pareil on a un léger problème or c'est vers cette situation que se dirige indubitablement l'humanité.

demos

Todd est un magicien genial de l'explication des tendances historiques de fond.
Ceci etant posé, j'en ferai 2 critiques:
- Ses grilles explicatives, pour puissantes qu'elles soient, ne peuvent pas tout expliquer, et on a parfois l'impression qu'il cherche a tout faire rentrer de force.
- Son talent visionnaire de long terme se double parfois d'une cecité de court-terme. Sarkozy a été élu en 2007 contre tous ses pronostics, et a mon humble avis parce que Todd n'a pas vu que la puissance mediatique ("propagande"?) pouvait supplanter l'anthropologie, au moins sur courte durée

Macastril

Ravi de ce retour, Malakine. Et tant de commentaires, c'en est presque intimidant de venir s'insérer. Bonjour tout le monde !

Concernant le PS et ses structures, Todd explique assez bien dans "Après la démocratie" les mutations récentes qu'a connues ce parti en terme de base électorale. C'est non seulement aujourd'hui le parti des hauts niveaux d'étude et des fonctionnaires, mais également celui des descendants de familles souches récemment déchristianisées issues de la périphérie du territoire français, cette même périphérie qui produit aujourd'hui les plus gros bataillons de fonctionnaires de catégorie A. C'est donc l'acmé, le sommet culturel de cette élite bien élevée ET hiérarchisante contre laquelle Sarkozy a prétendu se faire élire. Et c'est également d'une certaine manière le contexte de formation culturelle de Todd (même si lui vient du communisme et non du christianisme, et que je ne tenterai évidemment pas une psychanalyse à distance du premier anthropologue venu).

Todd en a bien conscience, et a signalé à maintes reprises qu'il était électoralement fructueux pour le gouvernement de faire hurler cette "gauche bien élevée". Il a aussi reconnu qu'il faisait partie de ladite gauche et desdits hurleurs. Je pense pour ma part qu'il a conscience de ce rôle et qu'il l'assume. Après tout, les médias hystérisent les positions, et la parole médiatique supporte mieux l'anathème que la position modérée. Il est donc tout à fait possible que Todd grossisse volontairement sa position à l'égard de Zemmour, en proportion du temps et du support qui lui sont donnés.

Mais allez savoir? Qu'est-ce que j'en sais après tout? Est-ce que je vous pose des questions, moi?

Sur la question de la fécondité française, je n’ai qu’une chose à ajouter à ce qui a brillamment été dit dans les commentaires, et je n’ai pas encore lu l’article de Malakine sur le sujet. Mis à part les diverses raisons historiques (la baisse traumatique de la fécondité en France) et la solidité, déclinante mais toujours présente, de notre système de protection sociale offrant un nid douillet à nos mères méritantes, Todd revient aussi à ses structures anthropo-psychologiques pour expliquer l’écart France-Allemagne de natalité.

En Allemagne, pays traditionnellement souche, on a comme coutume anthropologique de tout donner à l’aîné. Peut-être a-t-on là-bas un mécanisme mental similaire des parents qui ne donnent plus l’héritage à l’aîné pour expulser le cadet, mais ne font qu’un seul enfant pour y investir tout leur capital éducatif. Cet enfant unique et futur ingénieur, c’est l’aîné historique allemand. Le cadet est expulsé, il ne naît pas, et cela prend des proportions massives en période de récession de la demande par l’atonie des salaires, dans laquelle chaque famille, demeurée culturellement souche, est tentée plus que jamais de ne se concentrer que sur un seul enfant.

Quant à l’optimisme toddien, il est sans doute réel, mais a aussi sa face noire. Attendre le renouvellement paisible mais surtout LENT des générations pour obtenir le changement politique, est-ce véritablement de l’optimisme ? C’est bien plus sûrement l’optimisme de quelqu’un d’habitué au temps long, et qui plus que jamais assume, à mon sens, sa posture d’albatros.

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