Frédéric Taddeï a donc organisé le duel que beaucoup attendait depuis tant d'années : l'idéologue du Sarkozysme, l'illusionniste qui, à coups de grands discours, nous a fait passer Sarkozy pour un Gaulliste enraciné dans l'histoire du roman national et décidé à transformer l'Europe et la mondialisation ; contre le prophète en révolutions et en écroulement d'Empires, violent contempteur du Sarkozysme et héraut infatigable du protectionnisme européen.
La confrontation de ces deux personnalités fortes, autrefois proches mais que tout semble opposer désormais, aurait pu tourner au spectacle. Le débat fût, tout au contraire, courtois, élégant, respectueux et bien argumenté, très loin de l'agressivité dont l'un et l'autre s'avèrent régulièrement capables, à tel point qu'on avait parfois l'impression d'assister aux retrouvailles de vieux amis perdus de vue depuis longtemps.
Des pauses, j'en ai toujours fait et je continuerais. J'en ai besoin pour venir de nouvelles idées d'articles. Mais cette fois-ci, je n'ai pas eu de chance : elle est tombée en plein dans un psychodrame nationalement traumatisant qui a eu pour effet de bouleverser toutes les anticipations pour la présidentielle de 2012 et accessoirement de détruire la vie d'un homme.
Tout ayant été dit et écrit sur le sujet, je ne tenterai donc pas de rattraper mon retard, renvoyant simplement aux commentaires pour digresser librement sur l'une ou l'autre des polémiques annexes de cette affaire. Dans ce court billet de reprise, je me contenterai d'observer la nouvelle séquence que la chute de DSK ouvre pour le parti socialiste.
Jacques Sapir, probablement de peur de se laisse enrôler par le Front National, vient de publier une tribune dans Marianne2, dans laquelle il entend démontrer que la préférence nationale telle qu’elle est décrite dans le programme frontiste produirait des effets inverses aux résultats recherchés pour les travailleurs français.
Même si je suis un chaud partisan de l’évaluation des politiques publiques et des études d’impacts avant la prise de décisions notamment dans le champ économique, j’avoue que les simulations de ce type me paraissent davantage relever de la divination que de l’analyse économique, quand ce n'est pas de l'instrumentalisation pure et simple d'une crédibilité technique au service d'objectifs idéologiques ou partisans.
S’il est évident que l’idée républicaine prend racine dans le substrat culturel de la France de l’intérieur, libérale et égalitaire, donc individualiste et universaliste, le clivage mis en évidence au sein du premier chapitre entre tenants de la nation civique et tenants de la nation ethnique permet de distinguer deux sous-familles au sein des républicains ou déclarés comme tel.
Considérant que ces deux dimensions de la nation sont complémentaires plus qu’opposées, il n’entre naturellement pas dans mes intentions d’opposer d’un côté les bons républicains qui seraient fidèles à la tradition et de l’autre des mauvais républicains qui croiraient en une version dégénérée du modèle. Il s’agit davantage de mettre en évidence les tâches aveugles des deux tempéraments afin de tenter ultérieurement une synthèse dans le cadre d’un projet de refondation nationale et républicaine.
Je vais faire un pause dans ma série sur la nation pour participer au débat du moment sur les « quotas discriminatoires » que la FFF aurait eu l'intention d'imposer aux centres de formation pour limiter à 30% l'effectifs des joueurs disposant d'une double nationalité, donc susceptible d'aller jouer plus tard dans la sélection nationale du pays d'origine de leur parents.
En première analyse, j'ai réagis exactement comme mes collègues Laurent Pinsolle, David Desgouilles, B&G, ou Romain Pigenel, à savoir qu'il n'y avait pas lieu de hurler au racisme dans cette affaire, quasiment montée de toute pièce par Edwy Plenel, le grand inquisiteur en chef du politiquement correct. Suspecter les dirigeants du football français de racisme alors qu'ils nous ont proposé sous l'ère Domenech une équipe de France quasiment exclusivement composée de noirs, il fallait quand même oser !
Pourtant quelque chose continuait de me gêner dans cette affaire. Si l'accusation de racisme pouvait être rejetée assez fermement, qu'en est-il de celle de discrimination ?
Le lamentable débat sur l’identité nationale engagé l’an passé par le gouvernement, s’est déroulé sans problématisation préalable, ni perspective opérationnelle. Nul n’a jamais su s’il s’agissait d’inviter les Français à réfléchir au lien civique qui les unit à la République, ou à ce qui fait la spécificité de leur communauté culturelle dans le but de son unité et son homogénéité.
Dans un contexte de crispation anti-immigration et anti-islam, ce débat s’est assez logiquement traduit par une libération de la parole xénophobe. Et naturellement, il ne s’est conclu sur rien, comme à l’accoutumée dans le régime sarkozyste où le discours est un acte politique qui se justifie en lui-même.
Il ne saurait donc être question de reprendre ce débat dans l’état ou l’UMP l’a laissé, il est en revanche très utile pour la perspective qui nous intéresse, de faire parler la notion d’ethnicité française.
La première opposition théorique à clarifier porte sur la conception civique ou ethnique de la nation. La mythologie républicaine tend en effet à sacraliser la première et faire de la France son modèle archétypal sinon exclusif et à stigmatiser la seconde comme étant fermée, vecteur de rejet de l’autre et de violences. C’est ainsi que Jean Pierre Chevènement a récemment considérée que Marine Le Pen était porteuse d’une conception ethnique de la nation pour lui dénier tout brevet de républicanisme.
L’opposition entre ces deux notions est très ancienne dans le débat public Français. Elle mérite effectivement d’être exhumée et réactualisée, tant elle est fertile intellectuelle et débouche sur des applications concrètes dans le rapport à la souveraineté ou aux minorités.
De toute évidence, l’élection présidentielle de 2012 se jouera autour du thème de la Nation, que ce soit dans sa dimension politique (le retour à la souveraineté ou approfondissement de l’Europe, la redéfinition du modèle républicain) ou sa dimension culturelle (rapports aux minorités, laïcité stricte ou conciliante à l’égard de l’islam). La percée d’une candidate portant les couleurs d’un mouvement à l’odeur de souffre encore intitulé « Front national » est naturellement un facteur d’intensification du débat et d’exacerbation des clivages.
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